Jean-Marie Fage aurait eu 100 ans cette année. Toute sa vie, il n’a jamais cessé de voir le monde en poète et de peindre. Dessinateur et coloriste, il sonde le réel.

De son enfance au bord de la Sorgue, à La Chapelle près de Lacoste, où il a vécu plus de quarante ans, entouré de sa famille et de ses amis, il construit avec constance une ŒUVRE discrète qui invite à la contemplation silencieuse.

À la fin des années 1940, sa rencontre avec René Char, l’amitié bienveillante d’Auguste Chabaud et du critique d’art Fritz Vanderpyl, le confortent dans sa vocation de peintre et élargissent son univers poétique et plastique. Fort des encouragements de Georges Braque, il s’installe à Paris en 1950 avec la volonté de devenir artiste. Il fréquente assidûment le Louvre, les expositions d’art moderne, et dans les tout premiers temps, l’atelier d’André Lhote. Il admire, étudie et copie les peintres, des primitifs aux modernes, sensible à la fraîcheur des couleurs de Fra Angelico, à la pureté de la composition de la Pietà d’Enguerrand Quarton, à la simplicité « miraculeuse » de Corot, à Cézanne, Bonnard, Vuillard, Braque ou Rouault. Il peint, guidé par la passion, la curiosité et l’instinct. Pour subsister, il devient dessinateur puis collaborateur d’architecte.

Jean-Marie Fage / hommage

Grands formats

Lu-Henri Fage

Jean-Marie Fage le dernier jour de l’exposition à Campredon Centre d’Art, l’Isle-sur-la-Sorgue, le 7 juin 2020. Photo Luc-Henri Fage

En quête de lumière et de « motifs », il choisit de revenir à L’Isle-sur-la-Sorgue en 1963. Retrouver les paysages familiers du Vaucluse déclenche une série de peintures où afflue la couleur bleue qui simplifie et affirme les plans et les volumes en soulignant les lignes de force des compositions. Il partage encore son temps entre architecture et peinture jusqu’en 1976. Depuis, il peut se consacrer pleinement à la peinture dans son atelier au milieu de la nature.

Commence alors une période fertile dans l’atmosphère propice de Lacoste où gravitent de nombreux artistes dont ses amis Louis Merveil, Evert et Barbara Lindfors. Inspiré par le peintre Louis Latapie, rencontré quelques années plus tôt, Jean-Marie Fage développe de nouvelles recherches plastiques, une « déclinaison personnelle du langage cubiste où le jeu des plans se module dans une palette très richement colorée ». Cette période est dominée par de grandes compositions d’ateliers.

L’accident cérébral dont est victime son épouse clôt brutalement ces années de création intense.

 

 

Quatre ans plus tard, après le décès de Michka, Jean-Marie Fage reprend ses pinceaux au Brésil dans l’atelier de son ami Antonio Carelli, en pleine forêt. À son retour, ses études de nature luxuriante donnent naissance à de grandes compositions lyriques qui semblent contenir le réalisme magique latino-américain. Ces œuvres font figure d’exception. Elles rappellent que Jean-Marie Fage est toujours inspiré par ce qu’il voit, et que pour lui, peindre consiste à déposer un instant poétique sur la surface plane.

En 2011, il compose de grands diptyques géométriques pour une exposition dans une chapelle à Sélestat. On peut lire dans ces œuvres aux formes simples et aux couleurs très contrastées une nouvelle tentative de se libérer du motif, tentative vite contredite par la présence d’une courge.

Les dernières grandes compositions de Jean-Marie Fage renouent avec le paysage, le plein air, la figuration, et revêtent une nouvelle dimension, symboliste. Fage peint ce qu’il voit, apportez-lui une courge, il peindra une courge, et s’accordera le droit de rêver !

Il meurt à L’Isle-sur-la-Sorgue le 14 janvier 2024.

 

Catalogue de l’exposition « Tracer la lumière »

à Campredon Centre d’Art, mars-juin 2020,

texte d’Odile Guichard et Gilles Fage

 

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