Pourquoi, après tant d’années, suis-je toujours fasciné par le travail avec de la pourpre ? De toutes les anciennes couleurs que j’ai connues, c’est celle-ci qui est la plus exceptionnelle. Il y a environ quatre mille ans, l’être humain a découvert cette couleur cachée dans un escargot de mer, et l’a reconnue pour sa beauté.
Autrefois, c’était une couleur de teinture. Mais moi je voulais peindre avec. Pour y arriver il fallait recréer un pigment qui n’existait plus.
En octobre 2005, vingt-six ans après mes premières tentatives, j’ai finalement réussi à recréer le pigment des peintres de l’Antiquité, appelé purpurissum par Pline.
J’ai été inspiré par une visite sur l’île de Santorin, en Grèce, où j’ai eu l’occasion de voir, dans le laboratoire du site archéologique, les vestiges des peintures d’Akrotiri détruites lors de l'éruption volcanique de 1650 av. J.-C. Dans une scène, appelée la récolte du safran, on a découvert sur les pétales des crocus des traces de pourpre.
Ce sont les premières peintures avec la couleur pourpre. Pline mentionne encore ce pigment utilisé par ses contemporains. Ensuite les documents n’en parlent plus mais proposent des recettes pour imiter cette précieuse matière.
Pour que la pourpre devienne visible, il faut casser le murex et il en meurt. À ce moment-là, on assiste à la naissance d’une couleur. Au contact de la lumière, la sécrétion transparente de sa glande hypobranchiale se transforme en une trace jaune, qui devient ensuite verte, pour rapidement virer au bleu indigo puis au violet ou rouge-violet. La tâche fraîche placée sur un support souple est l’impression naturelle de l’escargot. À côté d’elle je pose délicatement le purpurissum.
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