Entre les villages du Luberon — Lacoste, Ménerbes et Oppède — se trouvent des carrières de pierre calcaire. Dès mon premier été sur place, j’ai commencé à travailler une sculpture dans la pierre de Lacoste. C’est une pierre relativement tendre, plus tendre, par exemple, que du marbre. Cependant, il peut y avoir des coquillages anciens fossilisés dans la pierre, auxquels il faut faire attention lorsque l'on sculpte, sinon un fragment peut se casser. Dans mes œuvres, j'aime les détails. On me disait que la pierre ne permettrait pas de réaliser le genre le degré de détail que l’on voyait dans mes dessins. Mais j'ai tout de même décidé de m'y atteler et d'obtenir ces détails.
Je travaille uniquement à la main, avec un marteau et des burins de différentes tailles, sans utiliser de machine.
Je dois aussi écouter la pierre pour entendre, et pas seulement la sentir avec mes mains et mes yeux — pour percevoir l’endroit où un détail pourrait devenir fragile.
On peut voir de tels détails dans la sculpture The Crowded Couch (« Le canapé bondé »), réalisée dans la pierre de Lacoste. Elle représente un couple enlacé, cherchant à tenir ensemble sur un petit divan. (Photo 1)
IIl y a une continuité entre mes dessins et mes sculptures, dans les détails et dans la manière de créer des corps -- des personnages qui sont souples, parfois se confondant avec des qualités de paysage.
Il y a des formes et des éléments expressifs, des sentiments, des gestes, et du mouvement dans le temps, au lieu de se limiter à une représentation « réaliste » ou figée.
Une autre sculpture créée à Lacoste est encore un couple, plus grande, presque taille nature. L'idée initiale pour cette sculpture était que les deux personnages soient quelque peu fantaisistes (whimsical, en anglais), avec des têtes d'oiseaux et des corps humains. Cependant, à mesure que l'automne avançait et que le temps se rafraîchissait (certains jours, lorsque je me rendais à la carrière pour travailler, il y avait une fine couche de glace sur la pierre), la sculpture est devenue plus sérieuse et l'idée des têtes d'oiseaux a disparu.
On peut voir un grand coquillage dans l'épaule de la femme. Il fallait être très prudent lors du sculptage, sinon toute l'épaule risquait de s'écailler. (Photo 2)
Une autre sculpture dans la pierre de Lacoste a été faite au bord du ruisseau. Sa forme a trouvé son origine dans une grande peinture de paysage, partant de l’expérience tridimensionnelle du paysage traduite en deux dimensions sur la toile, puis revenant aux trois dimensions de la sculpture. (Photo 3)
En revanche, j’aime aussi faire des sculptures en argile, car l’argile permet une malléabilité et une spontanéité délicieuse. Dès mon enfance, je créais des sculptures en argile.
J'aime le fait de pouvoir pincer, malaxer et faire glisser l'argile. Dans une série de petites sculptures en argile, dont les dimensions varient généralement entre 12 et 16 cm de hauteur, mes pièces montrent cette qualité tactile. J’ai choisi une argile de couleur blanche, pour rappeler la pierre de taille des carrières. (Photos 4/5)
1- The Crowded Couch (« Le canapé bondé »), 1975
2 - Couple, 1975, détail
3 - Sculpture au bord du ruisseau
4 et 5 - Sculptures en argile